Les Moutons en Bretagne

La révolution Néolithique a commencé vers 10 000 ans avant JC. Cinq centres sont reconnus comme étant les origines indépendantes de l’agriculture, d’Est en Ouest : la Chine (avant 7 500 ans av. JC), le Sud-Ouest asiatique ou le croissant fertile (8 500 ans av. JC), l’Est des Etats-Unis (2 500 ans av. JC), la région autour du Mexique et les Andes (avant 3 500 ans av. JC).

Parmi les animaux domestiqués, le chien était probablement le premier vers 10 000 ans av. JC (croissant fertile et Chine) suivi par le mouton, la chèvre (croissant fertile) et le cochon (Chine et croissant fertile) vers 8000 ans av. JC.

Mouflon

Mouflon (crédits : Larousse.fr)

L’ancêtre sauvage du mouton était le mouflon asiatique. Les animaux domestiqués ont divergé de leurs ancêtres sauvages. Par exemple, les cochons, moutons et vaches sont devenues plus petits, les vaches ont été sélectionnées au cours des millénaires pour la production du lait et les moutons pour le maintien de la laine(1).

 

Les plantes cultivées ont surtout migré le long des axes Est-Ouest. Cela n’est pas un fait du hasard mais plutôt en raisons de la continuité des conditions climatiques entre régions situées à la même latitude ; le climat change bien plus vite sur un axe longitudinal. À partir du croissant fertile les plantes cultivées ont atteint les régions de l’actuel l’Allemagne, le Nord-Est de la France, l’Italie et l’Est de la péninsule Ibérique vers 5 000 ans avant JC.

Avant 3 800 ans av. JC, les plantes cultivées étaient présentes sur l’ensemble du territoire européen à l’exception de l’Irlande, le centre et Nord de l’Angleterre et l’Ouest de la péninsule Ibérique. Le chien, pour son rôle de protection et avertissement et le mouton et la chèvre, peut être pour leur capacité de survie sur les terrains pauvres, ont rapidement suivi cette expansion de l’agriculture attestée par la présence des plantes (1).

Mouton de Ouessant

Mouton de Ouessant (Source : Wikimedia Commons)

Le mouton d’Ouessant, à queue courte et de petite taille, a probablement fait partie de la première vague de cette expansion de l’agriculture Néolithique (2). Par la suite, d’autres races de moutons, fruit de la sélection opérée par les paysans au cours des siècles, sont venues peupler par vagues successives les différentes régions de la France ; les plus anciennes migrant plus à l’Ouest.

Moutons Lande de Bretagne

Moutons Lande de Bretagne (crédits : Les Toisons Bretonnes)

Les moutons de la race Landes de Bretagne sont probablement arrivés lors d’une de ces vagues migratoires. Cette race est apparentée à d’autres sur les côtes atlantiques de l’Aquitaine jusqu’en Hollande et au Pays de Galles (2). Les Landes de Bretagne correspondent donc aux moutons qui étaient communs dans l’Ouest de la France jusqu’à l’arrivée des races « améliorées » développées par les anglais au 18ème siècle. Ces moutons, de petite taille (50 à 60 cm au garrot), sont rustiques et bien adaptés à une vie en plein air.

Mouton Belle-Île

Mouton Belle-Île (crédits : Jean-Luc Gion)

La race des moutons Belle Ile est, par contre est plus récente. Elle est décrite au 19ème siècle comme la Race de Deux puisque les brebis donnaient naissance à 2, voir 3 agneaux. Cette race est issue de croisements réalisés au cours du 18ème siècle entre la race Bretonne et des ovins Hollandais qui accompagnaient les ouvriers venus pour assécher les zones humides (3). Ils sont d’un gabarit plus grand (65 à 70 cm au garrot) que les Landes de Bretagne, mais ils sont aussi plus sociables (ou dociles) et leur traite se pratique pour la fabrication du fromage. La structure insulaire de la population de pêcheurs vivant sur Belle-Ile-en-Mer était probablement à l’origine du maintien de ces animaux sur l’ile (3).

Au début des années 1980, alertés par le vétérinaire insulaire Etienne Lebigre, les enseignants de l’Ecole Vétérinaire de Nantes se sont intéressés à ces deux races et, par la suite, le sauvegarde de ces deux races a été entreprise, d’abord par l’Ecole Vétérinaire en coordination avec le CRAPAL (Conservatoire des races animales des Pays de la Loire) et par la suite, par l’association Moutons des Pays de Bretagne avec le CRAPAL.

L’association Moutons des Pays de Bretagne, créée en 2004, regroupe les éleveurs des races Landes de Bretagne et Belle Ile. Actuellement (automne 2013) on compte environ 2000 brebis de la race Landes de Bretagne et 400 de la race Belle Ile.



La Laine

Dans les fermes, jusqu’à une époque récente, tout était utilisé. Ainsi, même si la Bretagne n’a pas été un grand centre lainier, il est raisonnable de penser que la laine recueillie par la tonte de moutons était utilisée par le peuple pour la confection de tissu et des vêtements.
Chez les animaux de race Landes de Bretagne, on trouve une diversité de type de toisons mais qui se groupent autour de deux caractères. D’une part il y a des animaux dont la toison est assez ouverte avec les fibres rêches et la présence assez abondante de poils et de jarres. Une autre partie du cheptel possède une toison plus fermée avec une laine moyennement fine (25 – 30 µm).
Dans les deux cas, la longueur des fibres peuvent atteindre 8 à 10 cm.

Tri de toisons

Tri de toisons (crédits : Les Toisons Bretonnes)

Ce sont les toisons sélectionnées par les Toisons Bretonnes pour la production de fils.
Pour les animaux de race Belle Ile, la présence de poils est assez rare et les fibres atteignent souvent 10 cm. Les analyses de diamètre des fibres ne montrent pas de différentes significatives entre les deux races (dia 34 ± 10 µm).
Pour les deux races la robe est blanche ou noire. En fait, la couleur des toisons non-blanches s’étale entre des gris et des marrons foncés. Ces laines se filent facilement à la main et la variété des couleurs s’apprécie dans la fabrication de vêtements.
Il est communément admis que la laine des moutons d’Ouessant est rêche, grossière et feutrée. Même si cela est parfois le cas il existe un certain nombre d’animaux dont la laine est de bonne qualité donnant une fibre douce et soyeuse. Les moutons d’Ouessant ont des toisons de coloris similaires aux Landes de Bretagne et Belle Ile.


Références :
1) Guns, Germs and Steel, J. Diamond. eds. Vintage Press, London, 2005.
2) Lettre du Crapal n° 37. Avril 2010.
3) La prolificité exceptionnelle de la brebis Belle Île. L. Reveleau. Pâtre n° 558, 2008.


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